« Tu peux jeter un œil sur la classe cinq minutes ? » « Pendant que l’élève est en sport, tu pourrais classer ces photocopies ? » Ces demandes, vous les entendez presque chaque semaine. Elles paraissent anodines, un service entre collègues. Pourtant, elles vous placent en dehors de votre cadre légal. Accepter, c’est prendre un risque pour l’élève, pour vous-même et pour la reconnaissance de votre profession. La circulaire n° 2017-084 définit précisément ce que vous pouvez faire et ce qui vous est interdit. Voici les cinq lignes rouges à ne jamais franchir, avec des situations concrètes pour les repérer et les outils pour les refuser sans conflit.
1. Remplacer l’enseignant, même pour cinq minutes
Un enseignant sort pour un appel urgent et vous demande de « garder la classe ». Vous êtes seul face à vingt-cinq élèves. Cette situation est l’une des plus fréquentes et des plus dangereuses. Remplacer un enseignant absent, même brièvement, est formellement interdit. Vous n’avez pas la formation pédagogique ni la responsabilité juridique d’un professeur. Si un incident survient — une chute, une bagarre — votre responsabilité personnelle peut être engagée pour exercice illégal de la profession.

Ce que vous pouvez faire à la place
Vous pouvez reformuler une consigne, relire un énoncé à voix haute ou guider l’élève dans la compréhension d’un exercice. Vous ne pouvez pas refaire le cours de mathématiques ni enseigner une règle de grammaire. Votre rôle est l’accompagnement méthodologique, pas la transmission de savoirs. L’enseignant reste seul responsable de la pédagogie.
2. Surveiller la cour, la cantine ou un groupe entier
« Tu peux surveiller la récréation, je dois aller chercher un document. » Cette demande revient régulièrement, surtout dans les petites écoles. La surveillance collective ne fait pas partie de vos missions. Vous n’êtes pas un assistant d’éducation (AED) ni un surveillant. Votre présence est ciblée sur l’élève ou les élèves notifiés par la CDAPH (Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées). Surveiller seul un groupe d’élèves non accompagnés vous expose à des sanctions disciplinaires, voire à un licenciement pour faute.
« Votre mission est ciblée sur le ou les élèves notifiés par la CDAPH. Vous n’êtes pas un Assistant d’Éducation. » — Circulaire n° 2017-084
Que faire si on vous le demande
Refusez poliment en rappelant votre cadre : « Je suis désolé, mais je ne peux pas surveiller la cour. Mon contrat me limite à l’accompagnement de l’élève X. Je peux rester avec lui pendant ce temps. » La plupart des directeurs comprennent si vous citez le texte officiel.
3. Administrer un médicament sans Projet d’Accueil Individualisé (PAI)
Un élève a oublié son traitement et l’infirmière scolaire est absente. On vous tend la boîte de médicaments. Ne touchez à aucun médicament sans un PAI signé par le médecin scolaire et la famille. Administrer un traitement sans cette autorisation engage votre responsabilité pénale en cas de réaction allergique ou de surdosage. Les soins (pansement, pose de diagnostic) relèvent également du personnel médical ou paramédical.
La seule exception
Si un PAI est en place et que vous avez été formé par un professionnel de santé, vous pouvez réaliser certains gestes spécifiques (par exemple, injection d’adrénaline pour une allergie). Mais sans ce document, la réponse est non. Orientez la demande vers l’infirmière scolaire ou le directeur d’établissement.

4. Effectuer des tâches administratives ou d’entretien
« Tu peux faire des photocopies pour la classe ? » « Tu veux bien ranger la bibliothèque ? » « Aide-moi à classer ces dossiers. » Ces demandes semblent inoffensives, mais elles détournent votre temps de votre mission réelle. Les photocopies, la saisie de notes, le classement de dossiers, le rangement de la salle ou le nettoyage du matériel ne font pas partie de votre travail. Ces tâches relèvent des services administratifs, de l’enseignant ou des agents techniques (ATSEM dans le premier degré, agent territorial dans le second).
| Type de tâche | Exemples interdits | Pourquoi c’est interdit |
|---|---|---|
| Administratif | Photocopies, saisie de notes, classement, réponse au téléphone | Tâches relevant du secrétariat ou de l’enseignant |
| Entretien | Rangement de la salle, nettoyage du matériel, entretien des locaux | Mission d’agent technique ou d’ATSEM |
| Pédagogique | Préparation de cours, correction d’évaluations, animation d’atelier seul | Responsabilité pédagogique de l’enseignant |
| Surveillance | Surveillance de la cour, cantine, couloir ou groupe entier | Rôle des AED ou des enseignants |
| Médical | Administration de médicament sans PAI, soins, diagnostic | Actes médicaux ou paramédicaux |
5. Faire à la place de l’élève au lieu de l’aider à faire
Un élève bloque sur un exercice. Vous prenez son stylo et écrivez la réponse à sa place. Ou vous rangez son cartable chaque soir. Votre objectif est de favoriser l’autonomie, pas de vous substituer à l’élève. La règle d’or est simple : aidez à FAIRE, ne FAITES PAS à la place. Si vous faites le travail à sa place, vous le privez de l’apprentissage et vous créez une dépendance contre-productive.
Comment appliquer cette règle au quotidien
- Pour un exercice : guidez l’élève dans la lecture de la consigne, mais laissez-le écrire sa réponse.
- Pour le rangement : montrez-lui comment organiser son sac, ne le faites pas à sa place.
- Pour la prise de notes : aidez-le à identifier les informations importantes, mais c’est lui qui écrit.
Cette approche est inscrite dans votre feuille de route, le Projet Personnalisé de Scolarisation (PPS). Toute tâche qui n’y figure pas est, par défaut, hors mission.
Comment refuser une demande illégitime sans se fâcher
Dire non est un droit et un devoir. Mais le dire maladroitement peut créer des tensions. Voici trois stratégies qui fonctionnent.
- Citez le texte officiel. « Je comprends votre demande, mais la circulaire 2017-084 m’interdit de remplacer un enseignant. Je peux rester avec l’élève X et l’aider sur son exercice. »
- Proposez une alternative. « Je ne peux pas surveiller la cour, mais je peux accompagner l’élève Y pendant la récréation. »
- Remontez l’information. Si la demande devient récurrente, signalez-la à l’enseignant référent ou au directeur d’établissement. Vous n’êtes pas seul à défendre votre cadre.
« Le non-respect de ce cadre vous expose à des sanctions disciplinaires, voire à un licenciement pour faute. Plus grave encore, votre responsabilité civile ou pénale peut être mise en cause. »
Un dernier conseil : gardez une copie de la circulaire avec vous
Imprimez la circulaire n° 2017-084 ou gardez-en un extrait sur votre téléphone. Quand une demande hors cadre arrive, vous pouvez montrer le texte sans agressivité. La plupart des enseignants et directeurs ne connaissent pas précisément vos limites. En les informant, vous protégez l’élève, vous vous protégez et vous contribuez à faire reconnaître votre métier comme une profession à part entière, pas comme une variable d’ajustement.
